Le 15 juillet 2026, la Cour de cassation de Rome a confirmé la condamnation de Mario Roggero, un bijoutier de 72 ans, à 14 ans et 9 mois de prison. Une décision qui divise profondément l’Italie et relance le débat sur la légitime défense. Les faits remontent à avril 2021 : trois hommes braquent sa boutique, il ouvre le feu, deux malfaiteurs meurent. Retour sur une affaire qui interroge les commerçants français sur la frontière entre protection et crime.
Condamnation pour homicide volontaire : les faits de l’affaire Rogger
Mario Roggero, artisan bijoutier à Turin, subit un braquage à mains armées en avril 2021. Il tire avec son pistolet légalement détenu. Bilan : deux braqueurs tués, un troisième blessé. Le parquet ne retient pas la légitime défense. La justice estime que le jeune homme abattu à terre, alors qu’il ne fuyait plus, ne représentait plus une menace immédiate.
La procédure a duré cinq ans. En première instance, la cour d’assises de Turin prononce une peine de 12 ans. En appel, la sanction est alourdie à 14 ans et 9 mois. La Cour de cassation rejette le pourvoi en juillet 2026. Cette décision met fin à des années d’incertitude judiciaire.
⚠️ Le point central du procès : la notion de crime versus la riposte. Pour les juges, il y a eu un coup de feu fatal alors que le danger immédiat était écarté. Le bijoutier a agi par vengeance, pas par nécessité.
Les réactions politiques et médiatiques autour de la condamnation
L’extrême droite italienne a immédiatement instrumentalisé la décision. Des partis comme La Lega ou Fratelli d’Italia y voient un symbole de l’insécurité. Des manifestations de soutien à Mario Roggero ont eu lieu à Milan et Turin. Une pétition en ligne a réuni plus de 400 000 signatures.
Cette effervescence illustre un phénomène récurrent : une affaire judiciaire devient un marqueur politique. Les médias français s’en font l’écho, car la question de la défense des commerçants dépasse les frontières.
Légitime défense ou acte de vengeance : où se situe la limite ?
Pour un dirigeant de TPE, la question est loin d’être théorique. En France, l’article 122-5 du code pénal définit la légitime défense. Elle exige une riposte proportionnée à une agression actuelle et injustifiée. Le problème : la notion de « proportionnalité » reste floue et dépend de l’appréciation du juge.
Ce que dit la loi française pour un commerçant
Un commerçant peut se défendre si sa vie est en danger immédiat. En revanche, tirer sur un cambrioleur qui s’enfuit est considéré comme un acte de vengeance. Les tribunaux français se montrent stricts, comme le montre l’affaire Stéphane L. en 2010, condamné pour avoir abattu un voleur en fuite.
📌 Les assureurs suivent cette jurisprudence de près. Le contrat d’assurance responsabilité civile professionnelle couvre les dommages causés à autrui, mais exclut généralement les actes intentionnels. Une condamnation pour homicide volontaire rend l’assureur non tenu à garantie. Le commerçant doit alors assumer seul les conséquences financières : dommages-intérêts, frais d’avocat, perte de clientèle.
🔍 Tableau des risques selon la situation de tir :
- 🔫 Tir pendant l’agression, sans intention de tuer : légitime défense présumée
- 💥 Tir sur un agresseur déjà immobilisé ou en fuite : risque de condamnation pénale
- 👮 Appel à la police et non-intervention : aucune poursuite, mais frustration
- ⚖️ Détention et usage d’une arme non déclarée : risque aggravé
Le cas italien montre que la différence entre un acquittement et une lourde peine se joue souvent sur une fraction de seconde. Les juges analysent chaque geste, chaque déplacement, chaque tir. La vidéosurveillance devient dès lors un élément crucial pour établir la réalité des faits.
Pour un gérant de TPE : comment protéger son commerce sans se mettre en danger ?
Face à la sévérité des tribunaux, la prévention reste la meilleure stratégie. Les experts en sûreté recommandent des solutions non létales et organisationnelles. Un coffre à ouverture temporisée, un système d’alarme relié à un centre de télésurveillance, un sas de sécurité à l’entrée : ces équipements réduisent le risque de confrontation directe.
Les alternatives concrètes à l’usage d’une arme
Le marché français propose des dispositifs validés par les assureurs. Le brouilleur de fréquences par exemple bloque les téléphones des malfaiteurs dans la boutique. Les bornes d’irritant (brouillard ou gel) désorientent sans blesser. Ces outils limitent les dommages et évitent toute mise en cause pénale du commerçant.
Une étude menée en 2025 par la fédération des métiers de la bijouterie indique que 68 % des cambriolages sont non violents. Dans la majorité des cas, les braqueurs fuient dès que l’alarme se déclenche. Investir dans des équipements dissuasifs coûte moins cher qu’une procédure judiciaire.
Voyons maintenant les conséquences d’une procédure judiciaire pour un indépendant. Une mise en détention provisoire, même brève, signifie l’arrêt immédiat de l’activité. Les charges fixes (loyer, salaires) continuent de courir. Sans protection juridique adaptée, le commerçant s’expose à des coûts considérables.
Anticiper grâce à l’assurance protection juridique
La cotisation annuelle pour une protection juridique professionnelle représente souvent moins de 3 % du chiffre d’affaires. Elle couvre les frais d’avocat, les expertises et les indemnisations éventuelles. En cas de condamnation, elle prend en charge la défense, même si l’issue reste incertaine.
🎯 Pour les dirigeants de petites structures, l’affaire Rogger dépasse le simple fait divers. Elle rappelle que la justice ne se substitue pas à la peur. Chaque décision de protection doit être pensée en amont, avec des professionnels du droit et de l’assurance.
Le verdict de Rome clôt une page judiciaire, mais ouvre une réflexion profonde chez tous les commerçants. Quelle serait votre réaction face à un braquage ? La réponse mérite d’être préparée avant qu’il ne soit trop tard.

Laura Pascal anime la ligne éditoriale de LRMA ASSURANCE avec un ton précis, direct et utile. Elle s’adresse aux dirigeants de TPE, indépendants et épargnants qui veulent comprendre un contrat, une garantie ou un arbitrage patrimonial avant de décider.